Tour du Léman 2026

par Lancelot Burwell (commentaires : 0)

Tour du Léman à l'Aviron

Rice cakes. Il se trouve qu'ils marchent aussi bien pour les rameurs de longue distance que pour les cyclistes du Tour de France (et se prendre pour un coureur du Tour, ça aide aussi le moral).
Faites cuire 500 g de riz dans 800 ml d'eau pendant 10 minutes (ici, la précision est importante : elle garantit aussi une catch précise pendant la course). Ajoutez 250 g de fromage frais et tout ce que vous voulez (là, la précision laisse place au goût et au feeling – c'est bien d'écouter son corps quand on passe 15 heures sur l'eau). Mettez-en autant que vous voulez, mais il faut que ce soit bon (fruits secs, sucre, miel… ou, si vous préférez le salé, des lardons grillés avec de la ciboulette et des oignons). Mélangez le tout dans un plat, laissez une nuit au frigo, et vous avez presque tout ce qu'il faut pour réussir un Tour du Léman.


Il vous faut aussi 5 gars ou filles motivés. Et nous, on en avait 10 ?! Coupez en deux, et vous obtenez les deux seuls bateaux suisses au Tour du Léman cette année – il fallait donc faire honneur au pays.


La veille de la course, on arrive à la Société Nautique de Genève avec notre belle voiture suisse (merci Christine) et les deux bateaux sur notre remorque rouge vif (merci Marina), une heure en avance. Surprise: on est les derniers. Le Bonner Ruderverein a déjà préparé ses deux jolis bateaux Wiersma bleus. L'un d'eux allait rater le record absolu du Tour du Léman de seulement 20 minutes. D'autres équipes venaient de Turquie (un monsieur passait entre les bateaux pour distribuer des douceurs turques, alors on était à fond pour les Turcs), des Pays-Bas, de France, et même les Anglais étaient arrivés avant nous.
On a quand même pu impressionner avec notre matériel fait maison (merci Andy). Jean Tonic était équipé de rembourrages de siège faits main, qui n'ont pas bougé de toute la course, d'un support en bois sur mesure pour le mât de lumière, d'un pare-vagues en contreplaqué découpé au millimètre, et bien plus encore! Est-ce que c'était mieux que les rouleaux de scotch des autres équipes? Le débat reste ouvert, mais on aime penser qu'on était une Patek Philippe dans un lac des Casios. Même si les bananes et les Snickers scotchés partout à l'intérieur des bateaux semblaient être la méthode qui a fait ses preuves. Ici, le bateau hollandais mérite aussi une mention. Ils avaient installé à chaque place une mini batterie et une pompe à flotteur, avec un petit tuyau qui vidait automatiquement l'eau aux pieds de chaque rameur (évidemment, personne ne bat les Hollandais quand il s'agit de l'ingénierie hydraulique).


Place au jour de la course.


Le départ est donné à 8h. Une demi-heure avant, on dit au revoir et on part vers la ligne de départ. Dans notre bateau de pointe: Simon à la barre, Guy à la nage, Andy en 3, Antoine en 2 et moi en 1. À quelques minutes du départ, les bateaux se regroupent autour de la bouée de départ. On essaie de trouver une place, mais les autres bateaux nous poussent dehors. Guy (qui d'autre?) voulait faire un départ lancé pour une course de 15 heures, et on avait fini par accepter. Alors à 1 minute du départ, on voit un trou et on se place en première ligne juste avant le départ. Encore environ 15 heures à ramer, et déjà à fond d'adrénaline.


Le coup de feu part et c'est parti. Tout le monde veut passer devant. On se retrouve dans un petit concours d'insultes avec le barreur allemand d'à côté – il s'approchait un peu trop – avant de le distancer (on ne l'a jamais revu). En passant la première bouée, le groupe commence à s'étirer. On est à hauteur du deuxième bateau de l'ARZ, avec Eric, Michel, Cédric, Claudio et Mau, et le bateau hollandais est juste devant. Guy, à la nage, impose un rythme d'enfer et tous les autres s'accrochent comme ils peuvent. Comme à l'entraînement, on change de place avec le barreur toutes les 30 minutes, et nos premiers changements sont rapides (oubliez les cyclistes du Tour de France, pensez plutôt aux arrêts au stand en Formule 1). Ça nous permet de bien nous installer, et petit à petit on trouve notre rythme de croisière. Les muscles sont chauds et souples, le soleil brille, pas un nuage en vue, et on avance bien – on s'amuse même ! Le temps file, et en un rien de temps il est 13h. Certains attaquent leur pause déjeuner aux rice cake (salés d'abord, bien sûr), d'autres profitent de la vue. On passe la bouée de Lausanne, où la copine d'Andy nous attend pour nous encourager. Sa chienne Coca est là aussi. Au dernier moment, elle reconnaît Andy dans le bateau et court le long de la rive en aboyant pour lui dire au revoir (merci Sandy et Coca).


Un quart de fait, encore trois. Il commence à faire chaud.


Peu après, on aperçoit le bateau turc. On ne sait pas à quelle place on est, mais on a un bateau à rattraper. Un peu plus tard, les Turcs changent de place, mais ils ne font pas le poids face à nos changements éclair et on les dépasse (on ne les a jamais revus). À ce moment-là, Andy est à la barre et dit: « Les gars, je crois qu'on est troisièmes. » Qui aurait cru que ça deviendrait une vraie course?


Les heures passent assez facilement – même si le temps ralentit à mesure que les mains s'abîment et que les sièges deviennent inconfortables. Je me souviens de Guy qui râlait contre les wakesurfeurs au loin, de Simon qui mangeait une banane, d'Andy qui disait à Guy de relâcher ses épaules, et d'Antoine qui profitait d'un repos bien mérité à la barre. On contourne la bouée tout à l'est du lac, et c'est avec plaisir qu'on reprend la route vers Genève.


Les heures suivantes sont calmes, et longues, c'est le moins qu'on puisse dire. On mange nos rice cakes, nos bananes et nos barres énergétiques, et on boit l'eau du lac (n'oubliez pas vos pastilles d'électrolytes). On garde un rythme régulier sur une eau un peu agitée. 17h arrive, et je regarde l'heure de plus en plus souvent (ça n'aide pas). Les pauses à la barre font du bien aux fesses, mais reprendre la rame après la pause fait mal aux doigts.
On arrive au moment où l'on a un peu trop envie d'arriver. Les courbatures deviennent des douleurs, et on perd de la peau. Nos changements deviennent aussi plus lents.


Jusque-là, on avait eu la chance de ramer dans de très bonnes conditions.
Et puis, en passant devant le château de Ripaille, avec le soleil qui se couche derrière nous et la plus grosse pleine lune que j'aie jamais vue qui se lève devant nous derrière les montagnes (ça ne s'invente pas), l'eau passe de calme à un miroir bleu-noir. Je me souviens que Guy était à la nage, et que les 30 premières minutes après ma pause ont été parmi les plus beaux et les plus fluides moments d'aviron de ma vie. Ça a duré jusqu'à ce que le soleil soit complètement couché. À ce moment-là, la douleur commençait à revenir.


Heureusement, il y avait de quoi nous distraire à la dernière bouée, à Sciez. En nous éloignant de la bouée, on aperçoit deux bateaux qui s'en approchent. On ne savait pas quelles équipes c'étaient, mais c'était la première fois depuis au moins 5 heures qu'on voyait d'autres bateaux, et ils se rapprochaient. Guy finissait son tour à la nage, et c'était ensuite à Andy. On était fatigués et la lumière du soleil couchant avait presque disparu. Mais la course était lancée. Il nous restait exactement la distance qu'on avait faite plusieurs fois ensemble à l'entraînement à Zurich : Club – Halbinsel Au – Club. Enfin en terrain connu. Andy prend la nage et c'est parti. On se force à faire des changements rapides (pas facile d'enjamber un bateau quand on tient à peine debout) et on serre les dents. On avançait bien, mais dans le noir, on ne savait pas quand les deux bateaux derrière allaient nous rattraper. Difficile de dire, à ce stade, si on s'amusait encore ou pas.

Enfin, à 10 minutes de la fin de son tour à la nage, Andy dit: “boys. I’m gonna empty my tank.” Le temps passe plutôt bien maintenant. Il nous porte jusqu'à la fin de son tour, et la ligne d'arrivée est en vue. Plus que 5 kilomètres. De la Schoggifabrik jusqu'au club, et on y est ! Antoine prend la nage, et: demi, demi, trois quarts, pleine coulisse! Plus que 30 minutes. Notre split est bas et régulier. On travaille tous dur, mais il faut bien doser l'effort! Andy voit les lumières de Genève au loin. Plus que 7 minutes, et Simon dit depuis la place 2: “Je pense qu'on peut pousser.” Alors on y va. 10 coups à fond, encore 10, et encore 10. 1, 2, 3 de plus, et on passe sous les projecteurs.

Lancelot

Les deux équipes:

Version originale en anglais.

Quelques photos.

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